La corrida a-t-elle sa place au Patrimoine de l'Humanité?

17 juin 2010 Morgane Gangnant

Un taureau dans son environnement naturel - Google Image
Un taureau dans son environnement naturel - Google Image
Le monde taurin est menacé et il le sait. Ultime recours? Faire entrer la corrida au Patrimoine de l'Humanité. L'Unesco portera-t-elle l'estocade finale?

Présentée comme une tradition française par ses aficionados, soucieux d'afficher une illusoire crédibilité historique, la corrida est, en réalité, une tradition espagnole qui n'a fait son apparition, en France, que vers la moitié du XIXe siècle.

Puissant lobby au sein de nos institutions, le monde taurin n'en est pas moins sur la sellette populaire, confronté à la volonté tranchée de 73% des européens qui se prononcent pour l'abolition, pure et simple, de cette pratique (Sondage IFOP - 2007).

La population française ne fait pas défaut à cette opposition massive: près de 2 français sur 3 se positionnent «contre la corrida». Plus de 70 villes de notre territoire persistent, pourtant, à se faire terre d'accueil d'une industrie qui ne survit plus qu'à coups de subventions, autrement dit, grâce à l'argent du contribuable. Le vôtre, le mien...

Corrida, hors-la-loi?

Ardemment défendue par ses «admirateurs», pour des raisons qui seraient assurément dignes d'être étudiées par des experts-psychologues, il n'en reste pas moins que la corrida, présentée par une minorité comme un spectacle, voire un «art», reste l'exception dans une société où tout à chacun est tenu de se soumettre à la loi.

Que dit la loi ? En terme de sévices sur animaux, elle semble ne laisser place à aucune équivoque: l'article 521-1 du code pénal mentionne que tous sévices graves ou actes de cruautés exercés envers un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende (Source: legifrance.gouv.fr)

La corrida échappe donc à la législation, sous le prétexte fallacieux de «tradition ininterrompue», quand bien même il ne s'agit, ni plus ni moins, que de la torture d'un animal dont la sensibilité à la douleur est avérée par le monde scientifique et tout être humain doté du minimum d'empathie.

Peut-on sérieusement douter du calvaire enduré par un taureau dont les cornes sont sciées à vif et les poumons transpercés par des lames acérées...

Le saviez-vous?

En février 2008, le Ministère de l'Education Nationale se positionne, enfin... Là où tout était permis en terme de promotion taurine, une circulaire visant à interdire tout message positif vis-à-vis de la corrida, au sein des écoles, voit le jour. Il était temps !

Le torero veut sauver sa peau !

Face à la menace grandissante d'une interdiction légale qui, rappelons-le, est le souhait d'une majorité d'Européens, le monde taurin n'a d'autre choix que de tirer toutes les ficelles qui pourraient encore le sauver de l'ultime saut dans le vide. Economiquement déficitaire, sous perfusion permanente de subventions publiques, dénigrée par de grosses associations (Restos du cœur, Association des Paralysés de France, Association pour les dons d'organe...Source: Allianceanticorrida.fr) refusant, désormais, tout don issus de tels «spectacles», la corrida rivalise d'imagination et de cynisme pour sauver son fonds de commerce, pourtant, semble-t-il, bien peu rentable...

C'est sous la gouverne de cette détermination aveugle, mais jamais en panne d'idées, qu'en décembre 2009, le lobby taurin lance son SOS d'un torero en détresse à l'Unesco. Quoi de mieux que l'obtention du statut de Patrimoine culturel immatériel de l'Humanité pour assurer sa propre survie. Et peu importe que d'immatériel, la corrida n'ait que la consistance et l'éthique... Soulignons, tout de même, que l'Unesco proclamait en 1978, la Déclaration Universelle des Droits de l'Animal. Ironie du sort? Une chose est sûre, le monde taurin ne craint pas le ridicule... Malheureusement, peut-être a-t-il raison de ne pas le craindre.

Danses, musique, théâtre... Autant d'héritages historiques à préserver, un patrimoine à protéger et à transmettre. L'Unesco tombera-t-elle dans le piège d'un lobby qui ne cherche à mettre à l'abri que sa propre perversité? Torture et mise à mort sont-elles des pratiques que nous pouvons, fièrement, prétendre vouloir transmettre aux générations futures? Ou des enjeux bien plus obscurs, voire obscènes, sont-ils au cœur du débat tauromachique dans notre pays...

Que font les élus?

Censés se tenir informés de l'évolution des convictions et des prises de position de leur électorat, il semblerait que nos élus aient, néanmoins, quelques difficultés à percevoir les voix venues de la rue, dès lors qu'il s'agirait de faire entrer ce débat à l'Assemblée Nationale et de le mener, une fois pour toutes, à terme.

Exception à la règle, 2 députées: Geneviève Gaillard (PS) et Muriel Marland-Militello (UMP) déposaient, le 9 juin 2010, une proposition de loi en faveur de l'abolition de la corrida, d'ores et déjà co-signée par 56 autres députés. Affaire à suivre...

Par ailleurs, qu'adviendra-t-il de la demande, empreinte de discernement et de bon sens, que soit enfin votée une loi d'interdiction d'accès aux corridas pour les enfants? Souhaitons que les élus se comportent en parents et adultes... et prennent, enfin, leurs responsabilités.

Pour de plus amples informations, rendez-vous sur petition-anticorrida.com/proposition.php

La notion de développement durable à laquelle nous serons, de façon croissante, inexorablement confrontés dans bien des secteurs de notre vie, ne devrait-elle pas également concerner nos consciences? Ou doit-elle se limiter à orienter la société vers une simple «écologie économique»...

Si la loi se décide à refléter l'opinion de la population, il ne restera guère plus, comme terre d'exil, pour ces «réfugiés tauromachiques», que la Chine, où les lois de protection animale sont inexistantes et qui s'annonce comme le futur eldorado des jeux du cirques, version paillettes et muleta...

Tous droits réservés Morgane Gangnant. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

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  • Mise à mort - Google image

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  • Corrida basta ! de Christian Laborde - Google image

    Corrida basta ! de Christian Laborde - Google image

  • Exil vers la Chine... - Google image

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  • Les associations anti-corrida se mobilisent ! - Google image

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20 Commentaires

Commentaires

18 juin 2010 13:13
Daniel Lesueur :
Communion d'idées ! Je ne peux pas faire autrement que recommander tous vos articles !
18 juin 2010 14:48
Guest
:
Je suis tout à fait d'accord avec vous.
19 juin 2010 22:40
Guest
:
un article qui fait bon lire, merci pour votre travail et votre soutien,
19 juin 2010 22:58
Guest
:
La corrida est une pratique barbare et archaïque qui va à l'encontre de l'évolution de notre civilisation... ce seait un non-sens que de l'inscrire à l'Unesco !
19 juin 2010 23:11
Guest
:
Quel crédit l'UNESCO pourrait encore avoir si elle fait entrer la corrida au patrimoine de l'humanité ?
20 juin 2010 09:09
Guest
:
totalement d'accord
20 juin 2010 09:25
Guest
:
La violence en spectacle érigée en art et applaudie de surcroît : encore une perversion à jeter à la poubelle de l'Histoire.
Bernard Pradines
20 juin 2010 11:59
Guest
:
Merci pour votre article !
Comment peut-on prendre du plaisir au "spectacle" de la souffrance, l'agonie et la mort d'un animal ?
Souhaitons que l'Unesco comprenne que la corrida avilit l'humanité et n'a rien à faire dans son patrimoine !
20 juin 2010 16:05
Guest
:
IL est insultant pour L'UNESCO que des individus puissent penser un instant que les tueries des arènes puissent être un Patrimoine de L'humanité.Esperer cela ne peut germer que dans des esprits pervers.
20 juin 2010 16:14
Guest
:
Il est insultant pour l'UNESCO que des individus osent demander que les tueries des arènes puissent être un 'patrimoine de l'humanité'.
Esperer cela ne peut germer que dans un esprit limité.
20 juin 2010 16:49
Guest
:
l'UNESCO, là même où a été signée la déclaration universelle des droits de n'animal....cela semble totalement contradictoire avec leurs valeurs. Non? La corrida n'a sa place nulle part, à part dans l'histoire
20 juin 2010 20:29
Guest
:
Depuis quand la torture est un art...Jamais l'UNESCO ne s'abaissera à considérer la tauromachie en tant que tel !!!
20 juin 2010 21:37
Guest
:
Si cette grotesque démarche peut, par son énormité, provoquer un sursaut de conscience et accélérer la marche vers l’abolition de la corrida, on pourra sans doute estimer que les tauromachiques et leurs affidés ont bien fait de se ridiculiser. Et on espère que l’Unesco ne se donnera pas le ridicule de prendre leur jérémiade en considération.

Fulbert
21 juin 2010 09:51
Guest
:
Mettre la corrida au patrimoine de l'humanité ? Et pourquoi ne pas restaurer les joutes de gladiateurs et également l'inscrire au patrimoine de l'humanité... Quelle hérésie et quelle honte de même envisager inscrire ce spectacle barbare au possible...... Qu'en en finisse une bonne fois pour toute de cette corrida dont plus personne ne veut et qui fait honte, justement, à l'hunamité....
22 juin 2010 13:35
Guest
:
il faut s'attendre à ce genre de projet insensé de la part de l'Observatoire des cultures taurines (sic !) pour contrer le mouvement abolitioniste de plus en plus efficace, populaire et médiatisé. Marque que la corrida est sur le déclin et qu'elle ne fait que survivre.
Sauf si Unesco gangréné par la corruption, cette tentative n'a aucune chance d'aboutir.
22 juin 2010 14:30
Guest
:
P.S. : Le taureau utilisé en photo, en train de brouter, ce n'est pas un taureau espagnol, il n'est donc pas concerné par votre article !
(Ceci est un clin d'oeil, pour sourire sur un sujet si triste...)
22 juin 2010 14:30
Guest
:

Il est nécessaire de redire à chaque fois que l'on parle de la corrida en quoi cela consiste. Une majorité de citoyens ne se rend pas aux arènes, heureusement,mais c'est là une partie du problème : la réalité de la mise à mort des taureaux peut échapper à ceux qui en entendent parler sans en connaître les détails.
Peut-être faudrait-il suggérer à tous les membres de l'UNESCO d'assister à deux ou trois corridas ?
22 juin 2010 18:47
Guest
:
Prendre du plaisir a voir un être vivant souffrir voila ce qu'est la corrida. C'est a l'opposé des valeurs de l'UNESCO. Je suis même étonné que l'UNESCO n'ai pas déja expliqué aux sadiques que leur barbarie n'a pas sa place à l'UNESCO et doit s'arreter.
22 juin 2010 20:24
Guest
:
la corrida qui n'est que de la torture animale n'a rien à faire au patrimoine de l'humanité.
1 juil. 2010 15:05
Guest
:
Bonjour,

Il est urgent de nous MOBILISER pour que la TORTURE et la PEINE DE MORT soient ABOLIES ... y compris pour nos amis les animaux !

Merci de tout coeur !
Zazzou29
20 Commentaires